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Épisode 2 : La première assemblée citoyenne (18 juillet 2020)

Ce 18 juillet marque un jalon important sur la voie du communalisme : dans la salle des fêtes de Ménil-la-Horgne s’est réunie la première assemblée citoyenne souveraine, dotée du pouvoir de décision du Conseil municipal élu. Étaient présents 35 habitants du village, une quinzaine d’autres étant indisponibles mais désireux de participer aux prochaines assemblées. Une cinquantaine de citoyens actifs sur 120 électeurs, la proportion est très encourageante.

L’ordre du jour indiqué dans l’invitation comprenait la discussion des propositions de fonctionnement et le recensement des idées et projets émanant de l’ensemble des participants. Mais d’abord deux membres du Conseil se fendent d’un petit discours inaugural, rappelant la distinction essentielle entre la démocratie directe et les « démocraties » représentative ou même participative. Cet enjeu théorique intéresse moyennement l’assemblée — pas grave, pense le « maire », la dimension politique fera son chemin progressivement avec la réussite du processus. Du concret, toujours du concret avant d’en tirer des idées générales…

Les propositions de règlements préparées par le Conseil sont adoptées à une très large majorité, moyennant quelques ajouts et modifications. Il est bien insisté sur le fait que ce sont des règlements provisoires pouvant à tout moment être rediscutés et réaménagés.

Pour les idées d’activités, il était prévu que chacun les écrive sur un post-it qui serait collé sur un grand tableau, de telle manière qu’on puisse les rassembler par thèmes. Elles ont été très nombreuses et diverses, surtout dans les catégories de l’embellissement et de l’agrément du village (propreté, espaces verts et fleurs, diminution du bruit, …) ainsi que de la sécurité routière (passage protégé, limitation de vitesse). Du côté des services, les propositions sont un peu plus ambitieuses : créer un service d’échanges locaux (SEL), des achats groupés, un échange de dons, du covoiturage, des plantations comestibles publiques, un magasin de producteurs locaux… Et puis aussi une aire de jeux pour les enfants, des outils informatiques publics, une aide aux devoirs des enfants.

Lancer des idées sans avoir déjà en vue les moyens de les réaliser aurait été un peu vain. Mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Les deux premières catégories de projets ont été choisies comme prioritaires précisément parce qu’elles pouvaient être mises en œuvre immédiatement, et par les habitants eux-mêmes. Très bien, dit l’animateur, alors on se revoit dans deux semaines pour mettre au point les détails pratiques, après rassemblement des informations, devis, etc. ? — Pourquoi si tard ? Pourquoi pas la semaine prochaine ? demandent les participants. Formidable, se dit l’animateur, leur motivation dépasse toutes mes espérances ! Le rendez-vous est donc pris pour la prochaine assemblée, le vendredi 24, avec comme ordre du jour l’entretien du village et la sécurité routière, ainsi que la question d’une commission pour gérer la communication.

La communication est en effet un point crucial, que ce soit entre l’assemblée et le reste du village, entre le Conseil et l’assemblée, et, au-delà, entre le village et la Communauté de communes. Pour ce qui est du Conseil municipal, il faut rappeler qu’il continue à s’occuper des affaires courantes ou des décisions dont l’assemblée ne souhaite pas se saisir, mais ses délibérations sont publiques et les thèmes en seront annoncés à tous les habitants bien à l’avance pour qu’ils puissent choisir d’y assister et se préparer à donner leur avis. Par ailleurs, assurer un relais entre les assemblées citoyennes et le Conseil de la Communauté est essentiel vu les compétences de celle-ci en matières sociales et environnementales (logement, aménagement du territoire, industries et commerces, établissements scolaires,…). L’objectif premier est de faire naître au sein du Conseil communautaire une commission qui favoriserait l’échange préalable avec les assemblées citoyennes pour les décisions les plus importantes. Un objectif plus ambitieux, si le processus approfondit son ancrage local, serait de faire adopter par le Conseil communautaire la consultation systématique des assemblées citoyennes à propos de l’ordre du jour de ses réunions. Et un jour, pourquoi pas, faire admettre l’idée que le pouvoir de décision des assemblées soit reconnu à une échelle aussi large que celle de l’intercommunalité. D’autres maires et élus de la Communauté s’y intéressent, et en tout cas partout on en parle. Le processus ne peut plus être ignoré. Il est probable que la possibilité de faire entendre leur voix stimulera la création d’assemblées et le renforcement de celles qui existent, notamment celle de Commercy, qui prépare pour septembre une grande réunion publique de relance.

La Commune est en lutte, et demain…

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