Récréations

Hauts les masques

Par Ursule De Guano

La Commune se lève, inexorable, et nos contremaîtres sont en pleine débandade. En même temps qu’ils organisent la pénurie de masques, ils commandent pour des millions d’euros de lacrymos, dans l’espoir de gagner quelques heures pour fuir comme Louis XVI… Pour rappel, ce roi s’est fait rattraper à quelques km de la frontière, puis Couic couic ! Même Le Monde a laissé fuiter que l’Intérieur avait peur d’une recrudescence de Lulu Le Tragoche… Ce n’est plus qu’une question de jours.

Comme l’expliquait Lundi Matin Jérôme Baschet, ils ont dû ralentir l’économie pour ne pas nous laisser crever en masse. Mais personne n’est dupe : en réalité ce n’est pas de la mort de millions de pauvres dont ils avaient peur, mais de leur soulèvement. Alors ils ont tenté de nous endormir en demandant gentiment à Dieu Croissance de bien vouloir patienter le temps que le troupeau s’engourdisse, seul, hypnotisé de fils et de feeds de propagande électronique. 

Mais nous confiner a déchiré la camisole de travail et de consommation qui nous tenait. Malgré l’hypnose, la théorie du choc nous a ouvert les yeux sur la morbidité de la vie de troupeau, et sur la beauté des bois, même pleins de grands méchants loups. Leur force de bergers ne tient qu’à notre peur du loup, qui n’est finalement pas si terrible. Quitte à se faire bouffer, autant ne pas se laisser tondre la laine sur le dos en attendant. D’ailleurs, il paraît que Shreck le mouton, qui a quitté son troupeau pour la montagne depuis des années, a une laine tellement fournie que même le loup ne peut le mordre. La Commune, c’est un troupeau devenu meute de Shrecks ingouvernables.Tremblez, bourgeois, nous retournons au bois !

Une photo de Schreck le prophète :

« Nous sommes la nature qui se défend »

Ils ont tellement peur de La Haine des Moutons 1 que « La peur tue leur esprit. La peur est leur petite mort qui mène à leur oblitération totale ». Ils nous interdisent la forêt, la montagne et la mer car ils nous devinent Ents, avalanches et tsunamis ; ils brûlent nos cabanes de Brétignolles comme une armée en déroute, ils harcèlent sans répit et en toute impunité les non-conformes. Ils inventent si frénétiquement des machines à enfermer, contrôler et tuer qu’ils en perdent les pédales. Le pilote a fui depuis longtemps et la machine s’emballe 2Mais ça déborde de toutes parts, ils périront de leur machine de mort.

« Le royaume de la liberté »

Aveuglés par la peur, les contremaîtres n’ont pas vu qu’ils creusaient leur propre tombe. Les graines du tsunami qui les balaiera naissent de notre confinement comme les virus s’épanouissent dans les troupeaux de bétail industriel et comme des champignons sarcastiques pestifèrent au cœur des ruines de la culture :

Quand on ne perd plus sa vie à bosser, consommer de la daube ou transporter son ennui, on réfléchit et c’est pas triste. Ou si on galérait déjà avant, on galère encore plus, mais on s’organise. On se rend compte que les contremaîtres ne font que saboter, mais que ce n’est pas si difficile de s’organiser. Tant que les chiens de berger ne viennent pas tout foutre en l’air ou nous assassiner, tant qu’on détricote le complexe de domination inculqué en chacune et chacun de nous, « ça gère ».

On réalise que le boulot de celles et ceux qui continuent à bosser au péril de leur vie (et ou de celle de leurs proches) est essentiel, contrairement à celui des diverses engeances de sous-chefs. Débordant leur rôle de «reproduction sociale », c’est à dire de reproduction des ouvriers de la machine (c’est pas moi qui le dit c’est Silvia Frederici), ces activités essentielles «invisibilisées», méprisées et dont on ne voulait pas rendre compte, prennent le devant de la scène. Certaines parviennent même à échapper au carcan salarial et, pour peu qu’elles soient organisées librement et en commun, redeviennent un plaisir. On retrouve la satisfaction oubliée d’un désir profond d’écologie sociale (C’est Chaia Heller qui parle d’érotique en politique…), la jouissance de l’autogestion… la Commune ! De nouveau la vie se déploie, débarrassée du vampire Croissance, stimulée par les nouvelles formes à inventer. L’impératif économiste cesse de sucer nos dégoulinements fertiles, les idoles productivistes s’effondrent. Qui voudra revenir sacrifier à leur autel quand la machine décrétera la fin de la pause et exigera qu’on retourne, littéralement, crever au travail, quitte à refourguer nos mômes à l’école ?

Le troupeau s’agite, il s’émeut et mute en meute, nous n’avons plus peur du loup. Au contraire, nous jouons avec lui à faire tourner chèvre le berger. Nous ne rentrerons dans le rang qu’à la pointe des baïonnettes, et notre armure laineuse aura poussé. Liberté…Poils !

Ils ne se doutaient pas qu’on se ferait des masques. Ils croyaient qu’on avait peur de vivre dans les bois, qu’on ne savait plus. Aujourd’hui tout ce qui nous en sépare, ce sont leurs clôtures et leurs lacrymos, et nous savons à quel point tout cela est fragile.

« On est plus cho, plus cho que les lacrymos ! »

Notes :
  1. https://www.youtube.com/watch?v=TAz-WqXGrbs []
  2. https://www.mediapart.fr/journal/france/200420/usul-violences-policieres-quand-l-etat-ne-tient-plus-ses-flics?onglet=full&fbclid=IwAR2xMTODHvZS26d9ydEba6kAWo8oAlUhuphxc4J_URh4DHenZ8d54cALm_o []
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