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Merci de changer de métier de Celia Izoard

« Dans un style piquant et une écriture argumentée, Celia Izoard prend la plume pour dire à des roboticiens et des ingénieurs de renom qu’ils ont mieux à faire que d’élaborer des robots pour vieilles personnes, des engins connectés qui facilitent les livraisons de commande ou des voitures autonomes intelligentes.
Journaliste et traductrice, Celia Izoard les interpelle sur l’impact écologique et social désastreux de leur profession, dans un monde en proie à la crise climatique et à l’exploitation au travail.
Elle les enjoint à  » changer de métier « , à l’instar du salarié d’une start-up qui raconte à la fin de l’ouvrage son chemin vers la démission. »

Extrait :

« On est obligé de se demander quel rapport ce projet-là entretient avec la situation tragique qui est maintenant la nôtre, l’emballement climatique, l’extinction massive des espèces, la raréfaction de l’eau potable.
(…) Pourquoi, dans un monde empoisonné par le chômage et la pollution, n’y aurait-il rien de plus urgent que de mobiliser les universités et les centres de recherche les plus prestigieux, d’impliquer, bientôt, toute la société, dans le but d’accomplir cette prouesse : faire conduire les véhicules par des machines? »

Tout chercheur, que ce soit dans les domaines de la science ou de la technologie, devrait légitimement se poser la question de savoir quels seront les aboutissements de ses découvertes, leurs applications, l’usage qu’en feront ceux pour qui il œuvre; les nuisances qu’elles risquent de produire.

En 1969, déjà, furent poser les termes de ce dont, avec ce petit livre, nous avons l’illustration contemporaine. Avec, toutefois, un élément complémentaire qui s’est si l’on peut dire universalisé : l’irresponsabilité assumée.


« De la même façon que l’industrie, destinée à libérer les hommes du travail par les machines, n’a fait jusqu’à présent que les aliéner au travail des machines, la science, destinée à les libérer historiquement et rationnellement de la nature, n’a fait que les aliéner à une société irrationnelle et anti-historique.
« Mercenaire de la pensée séparée, la science travaille pour la survie, et ne peut donc concevoir la vie que comme une formule mécanique ou morale. En effet, elle ne conçoit pas l’homme comme sujet, ni la pensée humaine comme action, et c’est pour cela qu’elle ignore l’histoire comme activité voulue, et fait des hommes des « patients » dans ses hôpitaux.

Fondée sur le mensonge essentiel de sa fonction, la science ne peut que se mentir à elle-même. Et ses mercenaires prétentieux ont conservé, de leurs ancêtres prêtres, le goût et la nécessité du mystère. Partie dynamique dans la justification des États, le corps scientifique garde jalousement ses lois corporatives et les secrets du « Machina ex Deo » qui en font une secte méprisable.

(…) L’impossibilité actuelle de la recherche et de l’application scientifique sans des moyens énormes, a mis dans les mains du pouvoir la connaissance, concentrée spectaculairement, et l’a dirigée vers les objectifs d’État. Il n’y a aujourd’hui plus de science qui ne soit au service de l’économie, du militaire et de l’idéologie. Et la Science de l’idéologie nous montre son autre côté, l’idéologie de la Science. »


(Internationale Situationniste N° 12 – 9/1969)

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2 commentaires

  1. « Une loi générale du fonctionnement du spectaculaire intégré, tout au moins pour ceux qui en gèrent la conduite, c’est que, dans ce cadre, tout ce que l’on peut faire doit être fait. C’est dire que tout nouvel instrument doit être employé, quoi qu’il en coûte. L’outillage nouveau devient partout le but et le moteur du système ; et sera seul à pouvoir modifier notablement sa marche, chaque fois que son emploi s’est imposé sans autre réflexion.

    Les propriétaires de la société, en effet, veulent avant tout maintenir un certain « rapport social entre des personnes », mais il leur faut aussi y poursuivre le renouvellement technologique incessant ; car telle a été une des obligations qu’ils ont acceptées avec leur héritage. Cette loi s’applique donc également aux services qui protègent la domination. L’instrument que l’on a mis au point doit être employé, et son emploi renforcera les conditions mêmes qui favorisaient cet emploi. C’est ainsi que les procédés d’urgence deviennent procédures de toujours.

    La cohérence de la société du spectacle a, d’une certaine manière, donné raison aux révolutionnaires, puisqu’il est devenu clair que l’on ne peut y réformer le plus pauvre détail sans défaire l’ensemble. » (Commentaires, G.D., 1988)

  2. « Plus l’appareil social, économique et scientifique, auquel le système de production entraîne le corps depuis longtemps, est complexe et précis, plus les expériences que ce dernier est apte à faire sont restreintes. » (Dialectique de la raison, Horkeimer, Adorno, 1947)

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