Défaites vos idées toutes faites

… Sur le rapport entre démocratie directe et écologie sociale

Dans les mouvements sociaux qui prônent la démocratie directe s’exprime parfois une méfiance vis-à-vis de l’écologie sociale, au motif que les tenants de celle-ci considéreraient l’adhésion à ses principes comme un préalable pour faire partie des assemblées populaires. Ce préjugé est tout à fait erroné.

Pour Bookchin comme pour les groupes qui s’efforcent de diffuser son projet municipaliste libertaire, il n’y a aucun préalable à faire partie d’une assemblée populaire, ni aucun filtre à l’entrée. Ces assemblées n’ont de sens que si elles sont générales, et, dès leur constitution, ouvertes à tous ceux qui ont envie d’y participer. À titre d’exemple (mais il y en a beaucoup d’autres), on peut recourrir à quelques extraits de l’interview de Bookchin qui forme la seconde partie de l’ouvrage de Janet Biehl Le municipalisme libertaire :

« Ce qui compte, c’est que le droit de participer existe. Ce droit monte la garde contre toute tendance autoritaire ou hiérarchique. Les portes sont ouvertes, et ce serait un véritable outrage que les gens soient forcés d’assister aux assemblées. Non seulement, une telle entreprise serait irréaliste, mais ce serait une parodie des droits fondamentaux, celui de ne pas y assister autant que celui d’y assister. L’idée, c’est que les assemblées populaires doivent être ouvertes à tous ceux qui vivent dans une municipalité et qui ont atteint un certain âge, sans restriction, qu’on encourage les gens à y assister et qu’ils soient informés des sujets qui seront discutés, de sorte qu’ils puissent décider s’ils veulent participer au processus de démocratisation. (…)

De plus en plus, les assemblées adopteraient des résolutions concernant diverses réclamations, n’importe quoi allant d’un plus grand contrôle des services municipaux à davantage de postes de pompiers et des écoles meilleures et plus nombreuses. Le mouvement commencerait à faire campagne avec ces résolutions, en les présentant comme des réclamations populaires. Ce sont les citoyens qui parlent, en fait. Mais ce qui est le plus important, c’est que le mouvement réclame la modification de la charte municipale pour que l’assemblée des citoyens obtienne toujours plus de pouvoir législatif, si ce n’en est la totalité.

Dans toutes les communautés, ceux qui s’engagent dans le mouvement municipaliste libertaire seront sans doute une petite minorité au sein de l’assemblée publique qu’ils auront eux-mêmes inspirée. D’autres citoyens dans l’assemblée seront probablement encore assez prudents et conservateurs. C’est la tâche des municipalistes libertaires de débattre avec ces citoyens des différentes questions dans l’assemblée, pour répondre à leurs objections et pour expliquer les forces sociales et politiques plus larges à l’œuvre dans la société. Supposons que des agents immobiliers se présentent à une assemblée pour vendre à la communauté un projet d’habitations ou une tour de bureaux. Ou bien qu’un manufacturier promette de créer des emplois si la communauté lui permet d’y construire une usine. Les municipalistes libertaires doivent tenter de les arrêter en exposant en détail à leurs concitoyens les dangers de ces propositions ; dans la foulée, ils les éduqueront. » (éd. Écosociété, 2013, p. 174-175 et 187).

Murray Bookchin va dans le même sens dans Une politique pour le vingt-et-unième siècle (à paraître bientôt dans l’ouvrage The Next Revolution) :

« Nous ne pouvons nous attendre à ce que, parce que nous proposons d’établir des assemblées de quartier, nous soyons toujours, ni même souvent, majoritaires dans les institutions à l’établissement desquelles nous aurons pourtant significativement contribué. En réalité, nous devons toujours nous préparer à faire partie de la minorité et à devoir patienter jusqu’à ce que les circonstances et l’instabilité sociale rendent globalement nos idées suffisamment crédibles pour devenir majoritaires dans les assemblées. »

Il est vrai que le municipalisme libertaire (ou communalisme) est lié à l’écologie sociale, mais pas au sens d’une obligation d’adhésion préalable. L’idée est que le choix de l’écologie sociale se fera progressivement, au fur et à mesure que les assemblées réfléchiront, compareront les avantages et les inconvénients des différentes organisations possibles, s’obligeront à prendre en compte toutes les situations et toutes les conséquences de leurs modes de vie. Quel que soit, en effet, le problème local ou ponctuel que l’assemblée cherchera à régler, pour lui donner une solution cohérente, durable et profitable à l’ensemble de la population, elle devra forcément en arriver à mettre en question le système économique et politique responsable des destructions sociales comme des destructions écologiques. Mais personne ne sera empêché de participer à l’assemblée s’il pense autrement. Bookchin prévoyait un vote à la majorité pour les décisions importantes qui ne parviennent pas à un consensus. Si donc la majorité veut maintenir des éléments du système d’exploitation actuel, elle le fera, jusqu’à ce que de nouveaux éléments et de nouvelles discussions la fassent éventuellement changer d’avis.

L’interdépendance étroite entre l’écologie sociale et la démocratie directe est également détaillée dans la brochure « Pourquoi la démocratie directe?», distribuée lors de différents événements du tout récent mouvement communaliste :

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