Contributions théoriquesPédagogie

Jacques Rancière, l’anarchique

par Pierre Bance

Cet article est initialement paru sur Autrefutur.net, site pour un Syndicalisme de base, de lutte, autogestionnaire, anarcho-syndicaliste & syndicaliste révolutionnaire (www.autrefutur.net), le 11/10/2012

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De tous les philosophes en vue dans le mouvement social, Jacques Rancière est probablement le plus radical dans ses analyses politiques, le plus proche de l’idée libertaire, le plus sensible au projet communiste (1). Certes le philosophe de l’émancipation est un auteur difficile mais le lecteur gagnera à persévérer (2). Pour l’en convaincre, cette citation extraite d’un entretien qu’il vient de donner à La Revue des livres :

« Il y a de la politique lorsqu’il y a un peuple, lorsque ce peuple ne se confond pas avec sa représentation étatique, mais se déclare et se manifeste lui-même en choisissant ses lieux et ses temps. On oppose toujours spontanéité et organisation. Mais le premier problème est de savoir ce qu’on organise. C’est une chose de faire une machine pour prendre le pouvoir ou, à tout le moins, quelques ministères. C’est tout autre chose d’organiser des formes d’expression autonome du peuple qui fassent droit à la capacité de tous et qui se fixent d’autres agendas que les agendas officiels » (3).

Jacques Rancière, sans écarter toute prétention théorique, se maintient sur le terrain de la philosophie, au bord du politique ; il entend ouvrir des pistes de réflexion pour la transformation sociale et se maintenir dans ce champ. C’est au fond l’attitude de la plupart des philosophes allaités au marxisme scientifique que l’histoire a fait passer de l’arrogance des certitudes à la prudence des inquiétudes. Rancière rétorque sur le fond :

« Au bord du politique ne veut pas dire “à côté du politiqueˮ, mais sur les frontières où on la voit naître et mourir […]. Ce que je veux apporter à la politique, c’est une certaine reconfiguration des données et des problèmes » (4). « Par rapport à la faillite des projets révolutionnaires, je me sépare aussi bien de ceux qui pensent qu’ils ont la bonne formule pour les révolutions de l’avenir que de ceux qui disent que tout projet de transformation égalitaire du monde est voué à la terreur totalitaire. Je ne propose aucune formule de l’avenir mais je m’attache à décrire un monde ouvert aux possibles et aux capacités de tous » (5).

Il précise la méthode :

« Il n’y a pas la théorie d’un côté et, de l’autre côté, la pratique chargée de l’appliquer. Il n’y a pas non plus d’opposition entre la transformation du monde et son interprétation. Toute transformation interprète et toute interprétation transforme. Il y a des textes, des pratiques, des interprétations, des savoirs qui s’articulent les uns sur les autres et définissent le champ polémique dans lequel la politique construit ses mondes possibles » et, s’agissant de ses écrits, il considère qu’« ils sont une contribution individuelle au travail par lequel individus et collectifs sans légitimité s’appliquent à redessiner la carte du possible » (6).

Cette carte du possible n’est pas celle d’un modèle de démocratie parlementaire radicale, encore moins d’une approche communautariste de la politique. Philosophe de la rupture de la démocratie entendue comme support de la domination, sa critique du pouvoir conduit à la primauté de l’émancipation collective sur l’hédonisme affinitaire.

Avant d’en arriver là, pour comprendre la philosophie de Jacques Rancière, il faut remonter au temps où il était élève à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Son professeur, Louis Althusser, trublion intellectuel au sein du Parti communiste français, entreprend une relecture de Marx à laquelle il associe ses élèves. Elle donnera lieu à une publication remarquée en 1965 : Lire le Capital. Dans cette œuvre collective, Jacques Rancière écrira sur le jeune Marx (7). Trente-cinq ans plus tard, il résume ainsi le fil conducteur de l’ouvrage :

« Finalement, notre “science sophistiquée revenait toujours à poser qu’il appartient à l’intellectuel ou au savant d’apporter aux malheureux dominés les explications véritables sur les raisons de leur domination » (8).

Peu de temps après, Mai 68 provoqua chez Rancière plus qu’une prise de conscience, un ébranlement : « Comment se faisait-il que ces mots d’ordre anti-autoritaires des étudiants un peu simplistes et idéologiques aient provoqué un tel bouleversement ? » (9). Le choc fut d’autant plus fort que les idées nouvelles sont inintelligibles pour Althusser ; il n’en démord pas, les masses, victimes de l’idéologie dominante, sont ignorantes de leur condition et de la réalité politique qui les oppresse du fait même d’être dans une pratique d’agents de production. Suivant Lénine, il appartient, dit-il, au parti d’avant-garde et à ses dirigeants éclairés d’éveiller et de conduire la classe ouvrière de l’extérieur. Rancière rompt avec le maître autiste replié sur les positions anti-gauchistes du Parti communiste (10). Les raisons de cette rupture constitueront le socle de sa philosophie « anarchique » (11).

L’égalité des intelligences

Pour Rancière, la mécanique avant-gardiste et dominatrice de la science émancipatrice est insupportable, contraire à l’idée qu’il se fait de l’émancipation (12). Il lui oppose la contingence de la politique, l’histoire n’est pas écrite, elle est imprévisible et, contrairement à ce que dit le scientisme marxiste, il n’y a pas de vérité immanente, pas plus de déroute annoncée du capital que de classe prédestinée, par conséquent, pas de maîtres de la vérité (13). Parce que ni la science ni l’histoire n’émancipent, il avance l’axiomatique de « l’égalité des intelligences ». L’égalité des intelligences n’est pas un but, un idéal atteignable « grâce à une bonne stratégie, une bonne direction, une bonne science ou autre », c’est un axiome, c’est-à-dire un principe admis, mieux, un présupposé à vérifier (14). Mais que veut dire exactement « égalité des intelligences » ?

« L’idée n’est pas que tout le monde est égal en savoir, elle est de considérer le processus d’apprentissage non comme le passage de l’ignorance à la science, mais comme un passage de quelque chose de déjà connu, de déjà possédé, à un nouveau savoir à un nouvel acquis. C’est un point très important, cette idée que l’ignorant sait déjà quelque chose, qu’il a déjà la capacité d’apprendre et que le problème est de tirer le maximum de cette capacité en partant de l’égalité » (15).

L’émancipation d’un individu ne viendra pas d’un transfert de savoirs, ni d’un guidage, c’est par la volonté d’un maître ignorant « qui dit à la volonté qui est en face de trouver son chemin et donc d’exercer tout seul son intelligence pour trouver ce chemin » (16). Ce chemin c’est celui de l’émancipation.

L’égalité des intelligences veut aussi dire qu’aucune aptitude, qu’aucun savoir ne donne des privilèges, notamment le droit à gouverner. Elle conditionne l’égalité et se réalise dans le collectif pour dispenser des savants et des guides. L’idée percute non seulement le libéralisme mais aussi le marxisme, lesquels conviennent d’une « naturalité » des places occupées dans la société, d’une identité attribuée à tout individu qu’il ne pourra contester autrement qu’en reproduisant le système à son avantage ; il y a des dirigeants et des dirigés, des experts et des ignorants, des généraux et des trouffions, ce qui, chez Rancière, renvoie à l’idée de « partage du sensible » qui, dans une société ordonnée, distingue le visible et le dicible de l’invisible et de l’indicible  (17) ; il y a ceux qui ont des parts et des sans-parts (18). Dans les sociétés connues, la négation du potentiel de l’égalité des intelligences, tutrice de la subordination et de l’ordre, empêche chacun de dépasser son (in)intelligence propre pour accéder à une capacité universelle : une capacité à dire, à penser, à s’insurger, à revendiquer et prendre sa part ; une capacité qui se concrétise sous des formes collectives (19).

Nos sociétés affirment l’égalité des droits, l’égalité sociale, l’égalité des chances, les inscrivent dans les constitutions ; dans une société libérale, les inégalités sont des dysfonctionnements à corriger, activité qui occupe une bonne part du temps gouvernemental et parlementaire. La seule inégalité acceptée, celle considérée comme irréparable est l’inégalité des intelligences, il y a des individus plus « forts » que d’autres par détermination de la nature ou de Dieu. Aussi, l’affirmation communiste de l’égalité des intelligences est une violence à l’ordre social en permettant la remise en cause des capacités à… diriger par exemple. Elle dit que n’importe qui peut interrompre l’ordre des choses. L’ordre des choses dans la reconfiguration du monde par Rancière s’appelle la police contre laquelle s’insurge la politique (20).

La police et la politique

La police est une notion qui dépasse les seules forces de répression pour s’appliquer à l’ensemble de l’ordre établi, décrété naturel. Le principe de la police consiste à « partager l’humanité entre ceux qui “saventˮ et ceux dont on dit qu’ils manifestent simplement du mécontentement, de la fureur, de l’hystérie » (21). C’est une « simple mise en ordre du corps social sous l’autorité d’une compétence qui distribue places et fonctions », recherche la stabilité et la permanence dans le comptage des parts (22) ; la police n’ignore pas la politique qui perturbe constamment son ordonnancement (23).

La politique, « ce n’est pas le pouvoir commun, c’est le pouvoir de n’importe qui, l’affirmation de l’absence de fondement du pouvoir. C’est cela “l’anarchieˮ qui est au fondement de la politique et que le discours antidémocratique veut refouler derrière la vision pieuse du bien commun opposé aux appétits individuel : la politique signifie qu’il n’y a pas de “compétenceˮ qui donne droit au gouvernement des communautés. […] Il n’y a pas un bien commun. La politique commence quand ce bien se trouve mis en litige, quand il est soustrait au monopole de ceux qui prétendent l’incarner » (24). Au-delà d’un conflit d’intérêt ou d’opinion sous-jacent, la politique est « un acte d’interruption, de dérèglement ou d’effraction par rapport au “lien socialˮ établi » (25). Elle est l’affirmation d’une capacité de juger et de décider des affaires communes ou, pour parler comme Rancière : « la politique consiste en l’action de sujets spécifiques qui sont en surplus par rapport au compte objectif du tout de la population » (26).

Illustration dans le champ du travail. Une grève de vingt-quatre heures appelée par les centrales syndicales représentatives avec manifestation en rang d’oignons est de l’ordre de la police ; à leur place, les interlocuteurs reconnus, syndicats et travailleurs, exercent leur droit constitutionnel. Une grève avec séquestration du patron et menace sur les biens est de l’ordre de la politique ; les ouvriers révoltés, la partie non comprise dans la distribution des parts, font irruption dans l’espace bien ordonné de la recherche du consensus social, contestent la légitimité de la domination de ses représentants institutionnels et du patronat, se rendent visibles et audibles ; ils se prévalent de l’égalité pour réparer le tort dont ils sont victimes.

L’action directe, dans son sens syndicaliste révolutionnaire, est de l’ordre de la politique.

Rancière nous oblige à repenser la politique « comme exercice de la capacité de n’importe qui et non pas comme lutte stratégique organisée pour l’exercice du pouvoir » (27). La méthode est efficace pour affiner la critique de l’ordre établi. Rancière, par exemple, analyse ainsi la lutte des classes :

« La lutte des classes n’est pas une lutte entre des parties de la communauté mais entre deux formes de communauté : la communauté policière qui tend à saturer le rapport des corps et des significations, des parties, des places et des destinations et la communauté politique qui rouvre les intervalles en séparant les noms de sujets et leur mode de manifestation des corps sociaux et de leurs propriétés » (28).

On comprend aussi pourquoi la police récupère en permanence la politique par restructuration des pouvoirs, régulation des différends, intégration d’interlocuteurs. Le moment politique est de courte durée ; faire ce qu’on n’est pas supposé faire, être là où on n’est pas supposé être n’offrent pas un état civil tant que ne s’opère pas la cassure révolutionnaire.

La démocratie authentique

La politique est intimement liée à l’égalité ; elles se pratiquent dans la démocratie (29). Là encore, Jacques Rancière opère une distinction : la démocratie-État, celle qui « est née historiquement comme une limite mise au pouvoir de la propriété » n’est pas la démocratie (30), elle n’est qu’une apparence pour légitimer « la domination nue du capital et de l’argent » (31) au travers d’un gouvernement qui prétend avoir un titre à gouverner tenu de la naissance, de la richesse, de l’âge, ou d’une compétence supposée : la science, la sagesse… Les sphères dominantes n’éprouvent le besoin « de défendre la “démocratieˮ pour autant que celle-ci réprime l’anarchie dernière signifiée par la démocratie » (32).

La démocratie, en effet, ne vit que par l’exercice de la politique comme l’entend Rancière. Quand il parle de haine de la démocratie, il vise ceux qui, telle la génération des nouveaux philosophes, rejettent la politique, la réduisent à l’expression d’intérêts égoïstes de consommateurs avides, et se réfugient, au nom du bien commun, dans l’ordre et le confort de la police (33) ; il vise, plus généralement, ceux qui, ralliés au mot d’ordre ultra-libéral, s’emploient à gommer « le fondement anarchique de la politique révélé par Mai [1968], c’est-à-dire la manifestation de la politique comme effondrement de tout un ordre de légitimité des dominations » (34).

« La démocratie n’est ni cette forme de gouvernement qui permet à l’oligarchie de régner au nom du peuple, ni cette forme de société que règle le pouvoir de la marchandise. Elle est l’action qui sans cesse arrache aux gouvernements oligarchiques le monopole de la vie publique et à la richesse la toute-puissance sur les vies. Elle est la puissance qui doit, aujourd’hui plus que jamais, se battre contre la confusion de ces pouvoirs en une seule et même loi de la domination » (35).

La démocratie est le contraire du consensus qui s’exprime, par exemple, dans des élections « démocratiques » avec ses partis identifiés, élections qui sont l’inverse du pouvoir du peuple (36). Elle est le domaine des sujets qui ne comptent pas, qui n’existent que par leur action politique laquelle, déraisonnablement, « créent une scène polémique où ils mettent en question le caractère objectif du “donnéˮ et imposent la prise en considération de choses qui jusque-là n’étaient pas “visibles‟, n’était pas prises en compte » (37). Ainsi s’exprime l’égalité de tous devant l’ordre inique et absurde. L’action politique et la démocratie ont dominé Mai 68 mais aussi l’automne 1995, dont Rancière donne cette description :

« Á ce moment, un peuple qui affirme dans la rue une certaine idée et une certaine pratique de la solidarité se distingue du peuple qui remet à ses représentants le choix des meilleurs calculs, et les raison de l’intelligence partagée s’opposent aux explications d’un pouvoir maître d’école » (38).

Un gouvernement anarchique

La démocratie de Rancière n’est pas le modèle arrêté d’une nouvelle société ; ses manifestations n’incitent qu’à y réfléchir, n’en sont que les prémices. Il aime à répéter cette phrase de Platon : « Le pire des maux est que le pouvoir soit occupé par ceux qu’ils l’ont voulu », ajoutant : « c’est malheureusement désormais la règle partout » (39). Rancière serait-il opposé à ce qu’on réduise la citation : « Le pire des mots est que le pouvoir soit occupé ». Ce n’est pas sûr, au moins dans un premier temps.

« Je pense la démocratie comme un mouvement, et pas comme une forme d’État. On peut cependant tout à fait imaginer l’institution de mandats électoraux courts, non renouvelables et non cumulables, avec une large part laissée au tirage au sort. On peut parvenir à un mode de désignation du personnel gouvernant qui ne fonctionne plus sur le mode de la reproduction oligarchique. Du côté des mouvements réels, donner naissance à des forums de discussion collective et de circulation de l’information et de la pensée détachés de l’objectif de la prise du pouvoir, me semble capital » (40).

Il se montre encore plus « institutionnel » dans cet autre entretien accordé, pourtant, à une publication anarchiste :

« Il est certainement possible d’imaginer des transformations du système représentatif qui fassent droit à l’anarchisme démocratique tel que je l’entends. Cela implique une restriction du rôle du président et la restitution à l’Assemblée du pouvoir légiférant. Cela implique surtout que l’Assemblée en question cesse d’être monopolisée par les notables, que la rotation soit effectivement assurée par le non-cumul et le non-renouvellement des mandats, que les assemblées qui servent à caser le personnel surnuméraire des partis de gouvernement cèdent la place à des formes de réel contrôle populaire. Cela implique aussi une part reconnue dans les institutions républicaines au tirage au sort qui est la forme de “sélectionˮ authentiquement démocratique » (41).

Serait-ce là une forme de démocratie radicale que ne désapprouveraient pas Ernesto Laclau ou Chantal Mouffe (42) ? Un régime socialiste de transition vers le communisme, version effective de la dégénérescence de l’État (43) ? Une république pré-communisme libertaire comme des anarcho-syndicalistes l’ont imaginé à la fin de la Guerre d’Espagne (44) ? La démocratie « authentique » de Rancière apparaît comme un vague prélude au communisme. Plus que l’échec du marxisme, c’est l’étude de la parole ouvrière qui l’empêche d’opter pour un projet bien cadré, le rend hésitant, au moins circonspect, sur l’organisation du futur, mais non pessimiste :

« Marx a pu ridiculiser la quincaillerie théorique de Proudhon ou le syncrétisme des militants parisiens. Il n’a pas pu penser le but à atteindre dans d’autres termes que ceux de ces “artisansˮ : communisme, émancipation des travailleurs, abolition du salariat, libre association de travailleurs. Il s’est efforcé de penser avec plus de rigueur la nécessité du renversement du pouvoir et les conditions de ce renversement. Il ne pouvait se représenter l’avenir communiste autrement que ne le fait en 1850 le mécanicien Drevet : monde d’ateliers sociaux et de magasins coopératifs où, dans l’égalité de tous devant le travail et le loisir, des travailleurs librement associés règleraient leur production sur les besoins désormais connus et reconnus de leurs frères » (45).

Sommes-nous plus avancés que Marx ? Un peu. Si l’histoire ne s’est pas écrite, comme il l’aurait voulu ou comme l’auraient voulu les artisans du Faubourg-Saint-Antoine ou les ouvriers de l’industrie naissante, l’idée s’est transmise « chez ceux qui savent partager avec n’importe qui le pouvoir égal de l’intelligence », elle « peut susciter […] du courage, donc de la joie » (46) pour conduire, enfin, au communisme, quelque chose comme une « société autonome, au sens d’une société ayant entièrement explicité les fondements du pouvoir et supprimé celui-ci » (47) avec « un “gouvernementˮ anarchique, fondé sur rien d’autre que l’absence de tout titre à gouverner » (48). Pour donner vie à ces « abstractions communistes » et même si « le futur de l’émancipation peut seulement consister dans le développement autonome de la sphère du commun créée par la libre association des hommes et des femmes qui mettent en acte le principe égalitaire » (49), toujours surgit une exigence : abandonner la culture de la méfiance. C’est l’actualité de Rancière.

Dans l’action politique d’aujourd’hui, cette culture de la méfiance est le plus lourd héritage de la science marxiste. Elle se fonde « sur la présupposition de l’incapacité du plus grand nombre à voir et comprendre ». C’est un instrument du pouvoir qui permet de disqualifier, de réprimer « l’enthousiasme des communistes au nom de l’expérience des travailleurs et l’expérience des travailleurs au nom du savoir de l’avant-garde communiste ». Ce jeu mortel de la double répression « a été mené par tous les pouvoirs communistes, de la NEP à la Révolution culturelle, et elle a été intériorisée par la science marxiste comme par les organisations gauchistes » (50). L’hypothèse de la confiance est un préalable à toute tentatives syncrétistes actuelles qui souhaitent lier les idées, les expériences, les cultures marxiste, social-démocrate et libertaire  (51). Mais confiance ne veut pas dire mandat en blanc. Au contraire, elle s’exprime dans le mandat impératif et sous le contrôle des mandants, et ce n’est pas un hasard si Rancière martèle dans la Nouvelle vie ouvrière, organe de la Confédération générale du travail :

La démocratie « suppose surtout l’existence d’organisations politiques qui soient autre chose que des rassemblements de candidats au pouvoir, enracinées dans les mouvements sociaux, d’organisations non dépendantes des échéances de l’appareil d’État, et qui soient fondées sur l’idée d’une capacité collective de réflexion et de décision. Défendre l’idée de démocratie suppose un contrôle continu du pouvoir par des organisations populaires autonomes. Il s’agit de la mise en œuvre d’une idée de l’égalité, à savoir que le pouvoir de tous ne se délègue que sous condition et sous contrôle et qu’il doit toujours avoir ses propres formes d’expression et de représentation » (52).

Cette déclaration conduit Jacques Rancière à un dernier avertissement, une ultime prudence pour ne pas dire une fuite habituelle du discours postmarxiste : le communisme serait à rejeter si, figeant « la possibilité d’inventer des futurs qui ne sont pas encore imaginables », il signifiait que nous savons quoi « réaliser comme transformation globale du monde et que nous connaissons la voie pour y arriver » (53).


Texte libre de droits avec mention de l’auteur : Pierre Bance, et de la source : Autrefutur.net, site pour un Syndicalisme de base, de lutte, autogestionnaire, anarcho-syndicaliste & syndicaliste révolutionnaire (www.autrefutur.net). 11/10/2012

1(?) Né à Alger en 1940, Jacques Rancière est professeur émérite de philosophie de l’Université de Paris VIII Vincennes – Saint-Denis, l’université de Daniel Bensaïd, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Félix Guattari, Jacques Lacan, Jean-François Lyotard… pour les morts, Alain Badiou, Robert Castel, Antonio Negri… pour les vivants.

2(?) Jacques Rancière se fâche quand des philosophes reconnus ou des politologues avertis ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre, ce qu’il dit. Mais cette sévérité pour les intelligents n’est qu’une mise au point mandarinale, elle n’atteint pas le peuple : « J’ai souvent eu dans mes cours des gens de niveaux tout à fait différents avec l’idée que de ma parole, chacun faisait ce qu’il pouvait et voulait » (Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, Paris, Éditions Amsterdam, 2009, 700 pages ; citation tirée de « Politique et esthétique », entretien réalisé par Peter Hallward, Angelaki, volume 8, n° 2, août 2003, texte français établi par Jacques Rancière, page 326).

Les ouvrages sur l’œuvre de Jacques Rancière sont plus des exercices universitaires que des aides à la lecture (Christian Ruby, L’Interruption. Jacques Rancière et la politique, Paris, La Fabrique éditions, 2009, 126 pages ; Charlotte Nordmann Bourdieu/Rancière, La politique entre sociologie et philosophie, Paris, Éditions Amsterdam, « Poches », 2008, 288 pages).

3(?) Jacques Rancière, « Le moment esthétique de l’émancipation sociale », propos recueillis par Aliocha Wald Lasowski, La Revue des livres, n° 7, septembre-octobre 2012, page 48, à propos du mouvement des indignés et du printemps arabe. Rancière ajoute : « C’est vrai [qu’ils] n’ont pas encore pu inventer de nouvelles formes inscrivant dans la durée leur mouvement. Mais ils ont en tout cas secoué les logiques de consentement qui étaient devenues écrasantes et rappelé les conditions d’un vrai mouvement populaire ».

4

(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Le Maître ignorant », entretien avec Mathieu Potte-Bonneville et Isabelle Saint-Saëns publié dans Vacarme, n° 9, automne 1999, page 4 ; citation page 120

5

(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Jacques Rancière et l’a-disciplinarité », entretien avec Mireille Rossello et Marie-Aude Baronian pour l’ouvrage Grensganger tussen disciplines. Over Jacques Rancière, Amsterdam, Valiz, 2007, texte français établi par Jacques Rancière ; citation page 476.

Rancière écrit encore : « Nous assistons du côté de la gauche radicale, du radicalisme politique, à un effondrement des évidences du modèle stratégique, du modèle qui penserait la politique comme définition d’une fin et détermination supposée scientifique et objective des moyens qui conduisent à cette fin » (Jacques Rancière, « Politique de la mésentente », entretien avec Daniel Bensaïd et Olivier Neveux, in Moments politiques. Interventions 1977-2009, coédition La Fabrique éditions [Paris] et Lux [Montréal], 2009, 232 pages ; citation page 183 ; publication d’un entretien paru dans la revue Contretemps, n° 22, « Mai 68 », mai 2008. On trouve également ce texte in Politiquement incorrect, entretiens du XXIe siècle, recueil des entretiens de Contretemps sous la direction de Daniel Bensaïd, Paris, Textuel, 2008, 384 pages ; citation page 144).

6(?) Jacques Rancière, Moments politiques. Interventions 1977-2009, précitée note (5), Avant-propos, citations pages 14 et 15.

7(?) Louis Althusser (sous la direction de), Étienne Balibar, Roger Establet, Pierre Macherey, Jacques Rancière, Lire le Capital (Éditions François Maspero, 1965), Paris, Presses universitaires de France, « Quadrige », 2008, 688 pages.

8(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « La politique n’est-elle que de la police ? », entretien réalisé par Jean-Paul Monferran, L’Humanité, 1er juin 1999 ; citation page 115.

9(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Déconstruire la logique inégalitaire », entretien filmé pour l’exposition « Comme un papier tue-mouches dans une maison de vacances fermée » conçue à Montreuil par Pierre-Vincent Cresceri et Stéphane Gatti, novembre 2008, texte revu par Jacques Rancière ; citation page 638.

10(?) Pour un temps bref, Rancière regardera du côté du maoïsme, une façon de préserver l’héritage marxiste ; vers la version hétérodoxe du maoïsme : la Gauche prolétarienne dont l’ambiguïté idéologique transperce encore dans ce propos de 2009 :« La Gauche prolétarienne avait beaucoup de défauts, mais pas celui d’être une avant-garde. Elle n’était pas davantage un simple soutien. Elle se pensait comme ferment au sein des masses, créant les conditions d’émergence d’une vraie “direction ouvrièreˮ » (Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note 2 ; « Construire des lieux du politique », entretien publié dans Le Sabot, outil de liaison locale sur Rennes et ses environs, n° 4, mars 2009 ; citation page 669.).

Le « marxisme-léninisme d’action directe » élaboré et conduit principalement par des étudiants de la bourgeoisie et de la grande bourgeoisie n’eut que peu d’écho au sein des masses prolétaires. Après cet échec, la plupart des « chefs » renièrent la cause du peuple et retournèrent dans leur classe se convertir aux affres de la société marchande ou aux mystères des religions monothéistes. Tel ne fut pas le cas de Jacques Rancière qui radicalisa sa critique du capitalisme mais aussi du marxisme.

Voir de Frédéric Chateigner, « D’Althusser à Mao. Les Cahiers Marxistes-léninistes », Dissidences, n° 8, « Prochinois et maoïsmes en France (et dans les espaces francophones) », mai 2010, page 66.

11(?) La philosophie de Jacques Rancière est « anarchique » en ce sens que, comme les théories anarchistes, elle remet en cause la fatalité de l’ordre établi, la légitimité des pouvoirs, la fonctionnalité des hiérarchies, le bien-fondé de la démocratie bourgeoise jusqu’à l’utilité de l’État. Elle n’est pas anarchiste en ce sens qu’elle ne propose pas un projet politique de la société sans État.

12(?) Jacques Rancière, La Leçon d’Althusser (Gallimard, 1974), Paris, La Fabrique éditions, 2012, 278 pages.

La publication de ce livre fut notamment motivée par le refus d’Althusser d’accepter, lors d’une réédition de Lire le Capital, une préface de Rancière à son texte « afin d’expliquer pourquoi [il avait] de fortes critiques à son égard » (Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note 2 ; « Déconstruire la logique inégalitaire », page 640).

13(?) À propos de la philosophie politique de Rancière, Antonio Negri écrit : « Quand le discours de l’émancipation ne repose pas sur l’ontologie, il devient utopie, rêve individuel et laisse les choses en l’état » (« Est-il possible d’être communiste sans Marx ? », Actuel Marx, n° 48, « Communisme ? », deuxième semestre 2010, citation page 51). Que veut dire Negri qui, d’une manière générale, n’apprécie pas la réflexion de Rancière lequel le lui rend bien dans sa critique du multiculturalisme non développée ici ? Que Rancière est un idéaliste, qu’il raisonne sur la politique et l’émancipation en dehors des réalités, de l’histoire, de la société, des institutions, qu’il abandonne le matérialisme marxiste et laisse tomber la critique de la domination.

14

(?) Jacques Rancière, « Les démocraties contre la démocratie », entretien avec Éric Hazan in le recueil de textes Démocratie, dans quel état ?, Paris, La Fabrique éditions, 2009, 152 pages ; citation page 99.

15

(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « L’émancipation est-elle une chose du passé ? », entretien réalisé par Lawrence Liang à New Delhi, le 5 février 2009, texte traduit par Jacques Rancière (http://kafila.org/2009/02/12/interview-with-jacques-ranciere/) ; citation page 656. Voir aussi, dans le même ouvrage, « Déconstruire la logique inégalitaire », page 650.

Dans ces textes, Rancière rappelle en quoi sa vision de l’éducation se distingue de celle des sociologues inspirés de Pierre Bourdieu et de celle des républicains. Pour le sociologisme progressiste, il faut adapter l’enseignement pour gommer l’inégalité sociale ; pour la pensée républicaine, au contraire, il convient de diffuser indifféremment le savoir pour ne pas stigmatiser l’inégalité. Dans les deux cas, se consolide une vision hiérarchique du monde, une séparation entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ; et celui qui sera libéré par l’instruction rejoindra le camp des savants perpétuant le système à l’infini.

Lire de Jacques Rancière, Le Maître ignorant. Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle (Fayard, 1987), Paris, Éditions 10/18, « Non fiction », 2004, 240 pages. « Aucun savoir n’a en lui-même aucune égalité pour effet. L’égalité elle-même n’est pas un effet produit ou une fin à atteindre mais une présupposition qui s’oppose à une autre » (Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note 2 ; « L’actualité du Maître ignorant », entretien réalisé par Andrea Benvenuto, Laurence Cornu et Patrice Vermeren, Le Télémaque, n° 27, 2005, page 21 ; citation page 410).

16

(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « L’actualité du Maître ignorant », page 412.

17

(?) Jacques Rancière a développé le concept de « partage du sensible » à partir de son livre La Nuit des prolétaires. Archives du rêve ouvrier (Fayard, 1981), Paris, Hachette, « Pluriel référence », 2005, 451 pages.

18

(?) Le gouvernant est partie, quand il fait un discours, il est vu, il est légitime et entendu ; le sans-papiers n’a rien, n’est rien, quand il parle, il fait du bruit, il est inaudible, il est hors la société. Son statut réel se rapproche du statut juridique de l’esclave antique ou du serf féodal.

Rancière donne, du partage du sensible, une définition savante : « Comment dans un espace donné, on organise la perception de son monde, on relie une expérience sensible à des modes d’interprétation intelligibles » (Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note 2 ; « Le territoire de la pensée partagée », entretien réalisé par Jacques Lévy, Juliette Rennes et David Zerbig, publié sur EspacesTemps.net, 8 janvier 2007, www.espacestemps.net/document2142.html ; citation, page 573).

19(?) Jacques Rancière, « Communistes sans communisme ? », in L’Idée du communisme. Conférence de Londres, 2009, sous la direction d’Alain Badiou et Slavoj Žižek, [Fécamp], Nouvelles éditions Lignes, 2010, 352 pages, intervention de Jacques Rancière, page 231 ; voir plus spécialement page 233. Intervention reprise dans in Jacques Rancière, Moments politiques. Interventions 1977-2009, précité note (5), page 217.

Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Le territoire de la pensée partagée », page 582.

20

(?) Cette distinction est développée par Jacques Rancière dans La Mésentente. Politique et philosophie, Paris, Galilée, « La Philosophie en effet », 1995, 188 pages.

21(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « La politique n’est-elle que de la police ? », page 114. Également, dans le même ouvrage, « Les mots du dissensus », entretien avec Davide Panagia, Diacritics, volume 30, n° 2, été 2000, page 113 ; texte français établi par Jacques Rancière, pages 172 et suivantes, notamment page 187.

22

(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Le nouveau discours antidémocratique », entretien réalisé avec Amador Fernández-Savater, Archipiélago, cuadernos de critica de la cultura, n° 72, 2006, page 87, texte français établi par Jacques Rancière ; citation page 542.

23(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Universaliser la capacité de n’importe qui », entretien réalisé avec Marina Garcés, Raúl Sánchez et Amador Fernández-Savater, Archipiélago, cuadernos de critica de la cultura, n° 73-74, 2006, p. 70, texte revu par Jacques Rancière, voir notamment page 492. Dans le même ouvrage, « La politique n’est-elle que de la police ? », page 114 ou encore, « Le Maître ignorant », page 126.

Chez Michel Foucault, la police est un dispositif institutionnel de contrôle du pouvoir sur la vie et les corps, soit la biopolitique, c’est-à-dire « la gestion des forces étatiques » (Michel Foucault, Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France, 1977-1978, Gallimard Seuil, « Hautes études », 2004, 436 pages ; citation page 377), dans ce cours voir, sur la police, la leçon du 29 mars 1978 (page 319) et celle du 5 avril 1978 (page 341).

24

(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Le nouveau discours antidémocratique », page 542. Le « un » de « bien commun » est souligné par Rancière.

25

(?) Christian Ruby, L’Interruption. Jacques Rancière et la politique, précité note (2), page 7.

26

(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Les mots du dissensus  », page 187.

27

(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Déconstruire la logique inégalitaire », page 650.

28(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « La communauté comme dissentiment », entretien avec François Noudelman, Rue Descartes, n° 42, 2003, page 87 ; citation page 316.

29

(?) Razmig Keucheyan, Hémisphère gauche. Une cartographie des nouvelles pensées critiques, Paris, Éditions La Découverte, « Zones », 2010, 318 pages, voir page 206.

30(?) Jacques Rancière, entretien in Alternative libertaire, n° 167, novembre 2007.

31(?) Jacques Rancière, « Politique de la mésentente », in Politiquement incorrects. Entretiens du XXIe siècle, précité note (5), pages 141 ; in Moments politiques. Interventions 1977-2009, précité note (5), page 180.

32(?) Jacques Rancière, « Politique de la mésentente », in Politiquement incorrects. Entretiens du XXIe siècle, précité note (5), pages 140 ; in Moments politiques. Interventions 1977-2009, précité note (5), page 178.

33

(?) Les Alain Finkielkraut, André Glucksmann, Bernard-Henry Lévy, Jean-Claude Milner et quelques autres renégats du maoïsme « qui forment l’avant-garde de la réaction intellectuelle » (Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note 2 ; « Le nouveau discours antidémocratique », page 545).

34(?) Jacques Rancière, « Politique de la mésentente », in Politiquement incorrects. Entretiens du XXIe siècle, précitée note (5), page 139 ; in Moments politiques. Interventions 1977-2009, précité note (5), page 178.

On se souvient de la diatribe de Nicolas Sarkozy et de ses féaux contre Mai 68, lors de la campagne électorale en 2007. Voir Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, [Fécamp], Nouvelles éditions Lignes, « Circonstances, 4 », 2007, 158 pages, pages 48 et suivantes.

35(?) Jacques Rancière, La Haine de la démocratie, Paris, La Fabrique éditions, 2005, 106 pages ; citation page 105.

36

(?) Jacques Rancière, « Élection et raison démocratique », Le Monde, 22 mars 2007, texte publié dans Moments politiques. Interventions 1977-2009, précité note (5), page 171.

37(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « Les mots du dissensus », page 188.

L’exemple type étant la situation des travailleurs sans papiers.

38

(?) Jacques Rancière, Moments politiques. Interventions 1977-2009, précité note (5), Avant-propos, page 8.

39(?) Jacques Rancière, Moments politiques. Interventions 1977-2009, précité note (5) ; « Le pire des maux est que le pouvoir soit occupé par ceux qui l’ont voulu », page 213. Reprise d’un entretien accordé à Serge Quadruppani pour Siné hebdo, n° 27, 11 mars 2009.

40

(?) Jacques Rancière, Moments politiques. Interventions 1977-2009, précité note (5) ; « Le pire des maux est que le pouvoir soit occupé par ceux qui l’ont voulu », page 214.

41

(?) Alternative libertaire, n° 167, novembre 2007. À noter que cette citation est antérieure à la précédente de 2009.

42(?) Ernesto Laclau, Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste. Vers une politique démocratique radicale (1985), traduit de l’anglais par Julien Abriel, préface à l’édition française d’Étienne Balibar, Besançon, Les Solitaires intempestifs, « Expériences philosophiques », 2009, 338 pages.

Voir Pierre Bance, « La démocratie radicale de Laclau et Mouffe », Autre futur, 26 juin 2012 (http://www.autrefutur.net/La-democratie-radicale-de-Laclau).

43« La radicalité, c’est d’abord une manière de changer la distribution des places et des identités, des espaces et des temps » (Jacques Rancière, La Revue des livres, n° 7, septembre-octobre 2012, précité note 3, page 46).

(?) Relire Vladimir Lénine, L’État et la révolution (1917), introduction de Laurent Lévy, Paris, La Fabrique éditions, 2012, 232 pages

44(?) Voir César M. Lorenzo, Le Mouvement anarchiste en Espagne. Pouvoir et révolution sociale (1969, Le Seuil), Saint-Georges-d’Oléron, Les Éditions libertaires, 2e édition revue et augmentée, 2006, 560 pages, notamment pages 360 et suivantes.

45

(?) La Parole ouvrière. 1830-1851, textes choisis et présenté par Alain Faure et Jacques Rancière (1976, Union générale d’éditions), Paris, La Fabrique éditions, « Utopie et liberté », 2007, 342 pages, introduction de Jacques Rancière, page 19.

46

(?) Jacques Rancière, La Haine de la démocratie, précité note (35), page 106.

47

(?) Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note (2) ; « La politique n’est coextensive ni à la vie ni à l’État », entretien réalisé par Nicolas Poirier, Le Philosophoire, n° 13, « La violence », hiver 2001 ; citation page 242.

Dans cet article, Rancière critique les points de vue de Cornelius Castoriadis et d’Antonio Negri sur l’explicitation du pouvoir et sur la société sans État dans le projet communiste.

48

(?) Jacques Rancière, La Haine de la démocratie, précité note (35), page 48.

49(?) Jacques Rancière, « Communistes sans communisme ? », in L’idée du communisme. Conférence de Londres, 2009, précité note (19), page 244.

Philippe Corcuff pense que « chez Rancière, l’émancipation ne se confond pas avec certains discours trop simple sur “l’auto-émancipation ouvrière” qui récuserait tout lien avec un “extérieur”, toute hétéronomie » (Où est passée la critique sociale ? Penser le global au croisement des savoirs, Paris, La Découverte, « Bibliothèque du Mauss », 2012, 318 pages, citation page 39). Voir Pierre Bance, « L’équilibration : de Proudhon à Corcuff », Autre futur, 27 août 2012 (http://www.autrefutur.net/L-equilibration-de-Proudhon-a).

50(?) Jacques Rancière, « Communistes sans communisme ? », in L’idée du communisme. Conférence de Londres, 2009, précité note (19), citations pages 237 et 238.

Cette bipolarité peut aussi prendre la forme suivante : « la vérité, c’est tantôt la science, que l’on oppose à la conscience mystifiée du prolétaire, et tantôt le prolétariat, en tant qu’il incarne la vérité de ce processus social qui soutient l’édifice politique » (Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, précité note 2 ; « Le Maître ignorant », page 122, à l’occasion d’une critique de la pensée de Pierre Bourdieu).

51(?) De ces nombreuses tentatives depuis la Première internationale, l’intention de la Ligue communiste révolutionnaire de créer le Nouveau parti anticapitaliste fut, s’agissant des contemporaines, la plus intéressante puisque suivi d’un début de réalisation. Mais son échec était contenu dans la méfiance qui n’avait pas quitté les trotskistes de la Ligue et qui se manifesta avec le maintien d’un parti commandé par le centralisme démocratique (Voir Pierre Bance, « L’impasse NPA », 3 février 2009, in « Les paradoxes d’une social-démocratie libertaire », Autre futur, 1er décembre 2011, note 42, http://www.autrefutur.net/Des-paradoxes-d-une-social).

Dernière bouteille à la mer : Pierre Bance, « Pour un projet anarchiste de la convergence, Autre futur, 14 septembre 2012 (http://www.autrefutur.net/Pour-un-projet-anarchiste-de-la).

52(?) Jacques Rancière, « Retour sur la démocratie », entretien avec Isabelle Avran après le conflit social d’octobre 2010 sur les retraites, La Nouvelle vie ouvrière, 14 janvier 2011, page 44 ; citation page 47.

53

(?) Jacques Rancière, « Communistes sans communisme ? », in L’idée du communisme. Conférence de Londres, 2009, précité note (19), citations page 245.

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