ActualitéContributions théoriquesTextes actualité

La fabrique de la servitude

Ainsi, il aura suffit d’un prétexte sanitaire aux objectifs pour le moins douteux pour nous précipiter dans une ère du contrôle général des populations et de leur asservissement à la raison d’État. Raison d’État qu’il serait désormais bien difficile de distinguer de la raison du capitalisme mondialisé.

Une situation difficilement imaginable dans un pays comme la France il y a encore quelques décennies mais que deux circonstances bien particulières laissaient présager depuis quelque temps. A savoir la corrélation entre la destruction systématique des liens sociaux entreprise par le capitalisme en ces mêmes dernières décennies et sa mise en œuvre de technologies bien particulières ayant pour effet principal la généralisation de cette destruction. Après s’être présentées très habilement, dans un premier temps, comme services nouveaux et facilités aux personnes, ces technologies se sont rapidement imposées dans un second temps comme « indispensables », puis finalement comme quasiment obligatoires par l’effet de marginalisation automatique de ceux qui s’y refuseraient.

Certes, aucune société véritable et vivante ne se serait engagée en un tel processus et il a fallu préalablement que cette société s’étiole et se meure en devenant cette Société du spectacle que le capitalisme a commencé à nous concocter il y a bientôt un siècle. Rappelons pour l’occasion que le Spectacle, pour chaque être humain, est ce reniement permanent de lui-même, par lequel il essaye de devenir marchandise pour pouvoir complaire à un monde qui désormais ne reconnaît plus rien d’autre.
Mais pour la domination, le spectacle est l’instrument qui permet de contraindre à cette misère grâce à l’Économie politique devenant « idéologie matérialisée ».
La conséquence la plus grave de la domination spectaculaire-marchande pour notre réalité humaine, celle que tout le monde ne peut que constater aujourd’hui (souvent sans en identifier la source), fut sans aucun doute pour finir la séparation généralisée des individus. Car réduits par l’économie politique à se comporter eux-mêmes comme des marchandises particulières, ces individus ont du en adopter la logique centrale : la concurrence généralisée.

Et c’est pourquoi, face au dictât de la représentation étatique du capitalisme, la plupart se retrouvent désormais bien seuls et sans autre choix que d’obtempérer aux ordres pour simplement pouvoir se donner l’illusion de continuer à vivre. Puis de trouver, avec l’aide aimable et intéressée des médias officiels, les justificatifs à ce renoncement. Puis, en cette pseudo-société de la séparation généralisée, de l’égotisme institutionnalisé, de reprocher absurdement aux réticents à la servitude un manque de solidarité.

Jamais encore nous n’avions été confrontés à un tel degré à ce qu’un auteur d’outre-atlantique appela en son temps la fabrique du consentement ; qu’il serait plus juste de désigner tout simplement désormais comme la fabrique de la servitude.

A plus ou moins court terme, c’est l’ensemble des zones géographiques « modernisées » selon les critères spécifiques du capitalisme contemporain (coucou la Chine) et donc l’ensemble des populations qui voudront continuer à y demeurer qui devront se plier à ces nouvelles règles. Non pas temporairement comme certains veulent faire mine de le croire mais sous un mode habituel qui n’ira qu’en se renforçant. En ces circonstances là, la seule alternative pour les réfractaires, les mauvais citoyens de cette cité là, consistera à migrer dans les zones d’abandons du capitalisme, celles-la même que les effets de son incessante « croissance » ont ruiné de manière quasi définitive et que les conséquences climatiques de cette même croissance aveugle vont finir d’achever. L’accueil, en prime, à l’image de celui dont à fait preuve l’entité européenne ces dernières années risque, subsidiairement, d’y être peu enthousiaste.

L’époque dans laquelle nous rentrons a ceci de particulier que tous ceux qui espèrent en un autre monde où la solidarité et l’appartenance à un monde commun feraient enfin sens, ou l’égalité ne serait pas un vain mot, où chacun aurait la possibilité d’épanouir ses talents particuliers en prenant place dans la communauté, bref qui espèrent encore en un monde humain, ne peuvent plus se permettre d’attendre.

C’est dans l’immédiat des mois à venir, au mieux d’une poignée d’années, que les choses vont se jouer. Soit nous trouvons le moyen de nous débarrasser du monde abominable auquel est en train d’aboutir le capitalisme et ses affidés, soit l’avenir n’aura plus, pour nous et nos enfants, aucun sens. Chacun se doit donc de faire front et de réunir toutes ses ressources et son énergie avec ceux qu’il reconnaît comme ses semblables. Tenter l’impossible est bien désormais devenu le plus raisonnable. Ou comme disait Murray Bookchin « si nous ne faisons pas l’impossible nous serons confrontés à l’impensable ».

Stéka, 3 août 2021

Afficher plus

Articles similaires

2 commentaires

  1. Bonjour, merci tout d ‘abord pour les articles très stimulants qui sont disponibles sur le site

    Je me permets de solliciter votre point de vue concernant un questionnement qui me taraude sur la(les) technologie(s) qui fut une source importante de reflexion pour murray bookchin

    Je sais que celui ci pronait une utilisation a bon escient des potentialités offertes par les techniques modernes, point de vue très bien exposé dans son texte vers une technologie libératrice que j’ai parcouru récemment

    Il s ‘opposait aux reflexions d ‘un jacques ellul considérant quant à lui dans son analyse sur le système technicien, que les technologies modernes faisaient système et ne pouvaient etre appropriées et controlées démocratiquement par les populations , le système technicien étant fondé sur une logique d ‘ »autoaccroissement, et sur une hyper centralisation incompatible avec les aspirations anarchistes.

    Il était aussi en désaccord avec lewis mundford qui établissait une distinction entre techniques douces et autoritaires, estimant que la technologie moderne issue de la révolution industrielle impliquait inévitablement des sociétés très hierarchisées, antinomiques des idéaux anarchistes d ‘horizontalité, d ‘autogouvernement etc

    J’avoue que j’adhérerais plus à priori aux thèses promues par ellul et mundford

    De plus, les technologies modernes , y compris celles plus spécifiquement pronées par bookchin telles que les panneaux solaires, les éoliennes etc , nécessitent(presque?) tjs des activités indubitablement fondées sur une domination de la nature pourtant récusée par murray bookchin et l’écologie sociale ( exploitation minière par exemple) (sans occulter l’extreme pénibilité des taches accomplies par les personnes travaillant dans les mines, et la raréfaction inéluctable des ressources naturelles exploitées pour la fabrication des machines « high tech »)

    Il semblerait donc plus cohérent de rejeter toutes les technologies industrielles impliquant à des degrés divers une exploitation du vivant , et des rapports sociaux incompatibles avec des sociétés égalitaires, horizontales etc en raison de la centralisation et des hierarchies qu’elles engendrent ?

    Cependant j’ai bien conscience de l’ambivalence de la situation compte tenu de certaines améliorations significatives induites par les technologies modernes dans vies (santé, déplacements, ouverture sur l’altérité, diminution du labeur, hygiène etc (encore qu’il faille les nuancer, et par ailleurs sont elles généralisables, y compris dans des sociétés qui aboliraient le capitalisme et partageraient les ressources à l’échelle mondiale?), et des transitions de toute facon inévitables vers des sociétés post industrielles( réalités vécues que l’on ne peut abolir en quelques mois, années, voire décennies?),(ex permanence au moins à court/moyen terme d ‘infrastructures de communication, de transports , de santé indissociables de l’industrie?, totalement repensées, (moins de vitesse, de performance,de complexité? d ‘efficacité dans une certaine mesure?)

    Bref, désole si ces reflexions sont assez confuses, mais je ne suis ni convaincu par le démantelement total des activités et infrastructures industrielles promu par certains courants de pensée de l’écologie radicale (selon moins inapplicables à court/moyen terme dans tous les cas, et pas forcement souhaitables?) ni par la vision de technologies industrielles libératrices si bien utilisées ,faisant selon moi bien trop abstraction des dominations sur le vivant qu’elles engendrent, des structures sociales hierachisées et centralisées qu’elles requierent , et de l’épuisement à plus ou moins long terme des matières premières dont elles dépendent

    Alors quelles solutions envisageables souhaitebles;,soutenbales possibles à court/moyen/long terme ?

    Quelles techniques « industrielles » conserver sans perpétuer, ou du moins en limitant fortement l’emprise du système technicien qui me parait un concept pertinent pour appréhender notre organisation sociale contemporaine?(meme si je concois qu’il ne faut pas essentialiser la technologie)

    Quelles formes de verticalité et centralisation tolérer dans ce cas, en les restreignant la aussi au maximum bien sur , et sans demeurer captif des institutions étatiques?

    Quelle répartition des taches pénibles,(extraction des ressources naturelles , productions industrielles etc) perdurant?

    Bref, merci d ‘avance pour vos éclairages , susceptibles de nourrir ma reflexion sur ce sujet à mon avis fondamental(et trop souvent minimisé dans les milieux militants) de la technologie dans des sociétés ayant pour horizon de s ‘affranchir des systèmes de domination capitalistes et étatiques,libérées du capitalisme et de l’état,

    emmanuel

    1. Salutations Emmanuel,
      Vos interrogations sont tout à fait légitimes. En effet, il y a une forme d’occultation de nombres de problèmes liés aux technologies. L’héritage que nous laissera la capitalisme, au cas où nous réussirions à nous en débarrasser, sera de toute façon très lourd. Comment, par exemple, en finir avec le nucléaire; alors que le démantèlement et la mise en sécurité des anciennes centrales s’avèrent si compliqués et si dangereux. Sans parler des milliers de tonnes de déchets radioactifs dont personne ne sait quoi faire. Mais il y a aussi l’empreinte psychologique de toutes les technologies de la domination sur les esprits. Technologies qui sont le reflet directe de l’idéologie capitaliste, sa manière de voir le monde et de l’adapter à ses besoins et à sa perpétuation. Comme tous les systèmes d’essence totalitaire, le capitalisme cherche à verrouiller la porte de possibles autres, d’alternatives à son sinistre règne (le Reich de Mille ans …). Habituer les individus à ne pouvoir vivre sans l’aide de prothèses diverses (oh miracle du smartphone !)fait partie de cette stratégie globale. Une société de type communaliste ne pourra certainement pas se passer de diverses formes de techniques, ne serait-ce comme le note Bookchin que pour sortir du travail aliénant et libérer du temps pour vivre, se construire, se découvrir – pour l’approfondissement et l’épanouissement des relations humaines aussi. Mais elle fera par contre dans une optique complètement renversée où seul primera l’intérêt commun et l’enrichissement spirituel de tous. Je compte beaucoup sur la formidable créativité qui naîtra d’une société où chacun aurait sa place et pourrait déployer ses talents particuliers. Sans que personne ne puisse prétendre surplomber les autres – une société véritablement égalitaire où chacun retrouverait le désir de participer et d’apporter sa contribution. Les brefs moments révolutionnaires de l’histoire (toujours rapidement étouffés jusqu’ici) ont bien présenté tous les signes de cette effervescence, de tous ces possibles qui s’ouvraient. En ceci, nous pouvons probablement espérer.
      Bien cordialement,
      Stéka

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page