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Lettre à la coordination zapatiste du Voyage pour la Vie

A la Sixième Commission de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale :

A la coordination du Voyage pour la Vie :

Aux délégations de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, du Conseil National Indigène – Conseil Indigène de Gouvernement et du Front pour la Défense de la Terre et de l’Eau de Morelos, Puebla et Tlaxcala qui visiteront l’Europe pendant le Voyage pour la Vie :

A l’escadron 421 :

Chers compas, frères et sœurs,

Nous espérons que vous allez bien et que les obstacles qui entravent votre départ pourront être levés. A l’escadron 421, nous vous souhaitons une bonne arrivée sur la côte galicienne.

Je ne vous écris pas à partir d’un collectif ou d’une géographie particulière, même si je fais partie de Frente Sur Andalucía pour la Travesía por la Vida, et que, pour des raisons historiques, mon rayon d’action couvre l’Espagne et la France. Je soutiens donc les groupes de votre délégation dans les deux pays.

Je tiens tout d’abord à vous féliciter pour cette initiative nouvelle et audacieuse et pour l’effort considérable que représente pour vous le Voyage pour la Vie. Dans ce continent fatigué qu’est l’Europe, pour les collectifs en lutte pour la dignité dans tous les domaines de la vie et pour toutes les personnes préoccupées, c’est une grande joie de vous savoir très bientôt parmi nous, pour partager des expériences, nous écouter et nous soutenir dans nos différentes luttes. Vous dire qu’ici, parmi tous les collectifs, nous nous préparons, nous unissons nos efforts, nous nous coordonnons de manière solidaire pour que vous vous sentiez le plus à l’aise possible. Le fait que nous nous reconnaissions et que nous ayons été en mesure de créer des réseaux de communication dans toute l’Europe pour vous accompagner et vous accueillir au mieux est déjà en soi une grande réussite. Pour cette raison, le Voyage pour la Vie, avant même d’être terminé, porte déjà ses fruits avec un goût de reconnaissance et des émotions de solidarité.

Avec cette lettre, cependant, j´aimerais que nous allions encore plus loin. Je voudrais que nous puissions tirer le meilleur parti de ce voyage ici, pour que, jusque dans les coins les plus retirés, vous puissiez toucher les cœurs de ceux qui ont justement les plus grandes difficultés à avancer, celles et ceux qui se sentent opprimées, de plus en plus marginalisées et désespérées à cause du capitalisme. Capitalisme patriarcal par essence et qui a fini par cristalliser en lui toutes les formes de domination.

Mais je suis également persuadé que, par rapport à ce que vous représentez dans l’imaginaire collectif émancipateur du monde entier, notre ambition collective, ici en Europe, doit se montrer plus à la hauteur de votre projet. Nous devons nous rencontrer sur ce chemin, non pas pour vous accompagner dans un voyage de tourisme militant, se limitant au mieux à vous exposer nos luttes nombreuses, certes, mais dispersées. Aussi, loin de nous contenter d´une photo à vos côtés, si nous voulons faire un pas vers ce nouveau monde que nous voulons construire avec vous, un monde où de nombreux mondes se côtoient et s´entraident, notre ambition doit aller plus loin. Nous devons prendre notre envol pour qu’un vent politique puissant souffle dans une ambition collective.

Ici, en Europe, nous habitons différents pays, villes, villages, quartiers avec des entités, des langues, des histoires, des corps, des douleurs et des espoirs différents, mais nous sommes tous, filles et fils de cette terre, en tant que peuple indigène. Vous nous donnez donc l’occasion exceptionnelle d’entrer dans le processus de nous retrouver, de réfléchir et de dialoguer. Dès lors, ne pourrions-nous pas nous montrer à la hauteur de vos propos et faire un pas de plus dans notre démarche ? Faire de nos rébellions et résistances un tissu vivant, organisé, sans chercher à copier, à homogénéiser, mais pour se comprendre, pour s’écouter, afin de faire émerger la raison du cœur. Et pour savoir où nous voulons aller, en plus de vous regarder et d’apprendre de vous, nous devons nous retourner, nous pencher sur nos anciennes formes d’organisations traditionnelles et de luttes paysannes, ainsi que sur nos riches traditions révolutionnaires.

Maintenant, il ne faut pas l´oublier. L’une des leçons les plus importantes que vous avez données à toutes les tendances d’ «En bas à gauche », avec cette offensive du 1er janvier 1994, c´est que petit à petit, avec beaucoup de temps et de patience, à partir de vos propres racines, vous avez réussi à élaborer votre propre stratégie pour mettre en marche un processus d´autonomie politique dynamique et créatif. Un processus qui continue à s’étendre et à se fortifier.

A partir de là, nous devons comprendre que la meilleure façon de vous soutenir et de nous soutenir est d’intégrer la Sexta, donc de réfléchir à l’élaboration de notre propre stratégie, en partant de nos propres forces, de ce que nous sommes et disposons, ici et maintenant. C’est-à-dire faire l’inventaire, localement, territorialement, aussi bien des forces en lutte pour la dignité dans tous les domaines (contre le patriarcat, le racisme, l’économie, etc.), tout comme de celui des espaces de création alternative (coopératives agricoles, jardins collectifs, espaces occupés, etc.). L’étape suivante serait de proposer, de dialoguer avec persévérance afin que ces mouvements sociaux se fédèrent Abajo a la Izquierda, par et pour un mouvement d’autonomie politique, donc en dehors et en tension avec les Institutions étatiques et leurs partis.

C’est tout un processus qui implique une construction de la communauté, à partir de ce “faire ensemble”, côte à côte, épaule contre épaule, tout en développant une “culture du dialogue”. Cela, dans le respect et même l’exaltation des différences mais avec un objectif, un horizon qui implique la sortie du capitalisme pour que ce monde retrouve joie et bonheur dans la multiplicité des mondes vivants.

C’est pourquoi, avec d’autres compas, nous proposons d’inclure dans le programme d´accueil, dès maintenant, ce débat au sein de nos propres groupes et entre nous.

Recevez tous de sincères et chaleureux abrazos !

Floréal M. Romero (“Agir ici et maintenant” Editions du commun.)

pour L’Institut d’Écologie Sociale et de Communalisme (http://institutecologiesociale.fr/)

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A la Comisión Sexta del Ejército Zapatista de Liberación Nacional,

A la Coordinación de la Travesía por la Vida,

A las delegaciones del Ejército Zapatista de Liberación Nacional, el Consejo Nacional Indígena – Concejo Indígena de Gobierno y el Frente en Defensa de la Tierra y el Agua de Morelos, Puebla y Tlaxcala que visitarán Europa durante la Travesía por la Vida,

Al escuadrón 421,

Estimadas hermanos, hermanas, compañer@s:

Esperamos que se encuentren bien y que las trabas que están dificultando vuestra salida puedan ser levantadas. Al Escuadrón 421, os deseamos una buena llegada a las costas gallegas.

No les escribo desde un colectivo o una geografía en particular, aunque, viviendo en la provincia de Málaga, forma parte de la coordinadora Frente Sur, en la que participo activamente. Pero, por razones históricas mi radio de acción recorre tanto España como Francia. Así pues, estoy apoyando a grupos de acogida de vuestra delegación en ambos países.

En primer lugar, felicitaros por esta nueva y atrevida iniciativa y este tremendo esfuerzo que significa para vosotras y vosotros la Travesía por la Vida. En este continente cansado que es Europa, para los colectivos en lucha por la dignidad en todos los ámbitos de la vida y para todas las personas inquietas, es una gran alegría el pensar en tenerles muy pronto con nostr@s, compartir experiencias, escucharnos y apoyarnos desde nuestras diferentes luchas. Decirles que por aquí, entre todos los colectivos nos estamos preparando, sumando esfuerzos, coordinándonos solidariamente para que se sientan lo más a gusto posible. Por el hecho de reconocernos y crear redes de comunicación en toda Europa para acompañarles y acogerles lo mejor posible, en sí ya constituye un gran logro. Por eso mismo, la Travesía por la Vida, antes mismo de que finalice, ya está dando sus frutos con sabor a reconocimiento y a emociones solidarias.

Con esta carta, sin embargo, me gustaría que viajemos más lejos todavía. Me gustaría que por acá podamos aprovechar este viaje lo mejor posible, para que, en primer lugar, llegue a muchos rincones, a muchos corazones, a quienes tienen más dificultades para salir adelante, a quienes se sientan oprimid@s, cada vez más marginalizad@s y desesperad@s por la opresión del capitalismo patriarcal por esencia y que ha cristalizado en él todas la dominaciones.

Pero además entiendo que, respecto a lo que representáis en el imaginario colectivo emancipador del mundo entero, nuestra ambición colectiva, aquí en Europa, tiene que ser mayor. Hemos de encontrarnos en este viaje, no para acompañarles en un viaje de turismo militante, limitándonos en el mejor de los casos a enseñaros nuestras luchas numerosas, eso sí, pero dispersas. Así pues, no basta con echarnos una foto con la delegación zapatista si queremos dar un paso hacia ese mundo nuevo que queremos construir junto con vosotr@s, uno donde quepan muchos mundos. Nuestra ambición tienen que ir más allá. Hemos de levantar el vuelo para que sople un potente viento político con olor a ambición colectiva.

Aquí, en Europa, habitamos diferentes países, ciudades, pueblos, barrios con distintas entidades, idiomas, historias, cuerpos, dolores y esperanzas, pero somos todas y todos hijas e hijos de esta tierra, como indígenas. Nos estáis brindando la oportunidad de entrar en el proceso de encontrarnos entre nosotr@s y qué menos podemos hacer sino dar un paso más para hacer de nuestras rebeldías y resistencias un tejido vivo, organizado, sin por ello querer copiar, homogeneizar, sino entendernos, escucharnos, hacer que la razón surja del corazón. Y para saber adónde queremos ir, además de miraros y aprender de vosotras y vosotros, hemos de mirar hacía atrás, nuestras antiguas formas de organización tradicionales y luchas campesinas, y nuestras tradiciones revolucionarias, que no son pocas.

No hemos de olvidar que una de las enseñanzas más importantes que habéis brindado a todas las tendencias de Abajo a la Izquierda, con esa ofensiva del 1 de enero de 1994, es poco a poco, con tiempo y con mucha paciencia, haber sido capaces de elaborar una estrategia propia para poner en marcha un proceso político dinámico creativo, a partir de unas raíces propias y que no cesan de expandirse.

Desde aquí, hemos de comprender que la mejor manera de apoyaros y apoyarnos es integrar a la Sexta, es tratar de reflexionar acerca de la elaboración de una estrategia propia partiendo de lo que aquí tenemos. O sea, hacer un inventario, localmente, territorialmente, de las luchas por la dignidad en todos los ámbitos (en contra del patriarcado, del racismo, de la economía, etc.) y en los espacios de creación alternativa (cooperativas agrícolas, huertos colectivos, espacios ocupados, etc.). Además, deberíamos proponernos que los movimientos sociales nos federemos Abajo a la Izquierda en pro de un movimiento por la autonomía política, en paralelo y en tensión con las instituciones estatales y pasando de sus subsidios. Es todo un proceso que conlleva una construcción de la comunidad, partiendo del “hacer juntas y juntos” codo con codo, hombro con hombro, desarrollando una “cultura del diálogo”, del respeto e incluso enaltecimiento de las diferencias, pero con un objetivo: un horizonte que conlleve la salida del capitalismo para ese mundo que contenga, con alegría, a todos los mundos vivos.

Por eso, con otras y otros compas, proponemos incluir desde ya en nuestro programa ese debate en el interior de nuestros propios grupos y entre nosotros.

¡Reciban todas y todos grandes y calurosos abrazos!

Floreal M. Romero

Para el « Institut d’Écologie Sociale et de Communalisme »

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Un commentaire

  1. Content de voir que le fait de faire partie de la sexta ne soit pas un rêve solitaire, mais solidaire. Le mouvement de l’ écologie sociale et du communalisme a son identité propre et des origines différentes de celles du zapatisme, mais il suffit de lire les livres de Jérôme Baschet et de Floréal Romero pour voir à quel point il y a convergence et communauté de valeur. C’est rassurant de voir que tout réflexion du coeur et de ressenti de l ‘esprit mènent à des évidences communes car correspondant à des aspirations identiques. C’est donc avec logique et enthousiasme que j’ approuve à la fois le travail en cours de création d’un mouvement ESC et sa complicité fraternelle avec cette radicalement nouvelle « internationale » qu’est la sexta.

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