Dans une réunion publique sur un projet d’aménagement, j’ai compté sept emplois du mot « transition » en une heure, par des personnes qui n’étaient d’accord sur rien. C’est ce qui m’a donné envie de chercher une transition écologique définition qui tienne debout. Je n’ai pas trouvé une définition, j’en ai trouvé plusieurs, et elles ne disent pas la même chose. Cette note essaie de les séparer.
Transition écologique définition : la formulation la plus courante
La formulation la plus répandue, celle qu’on retrouve dans les documents administratifs, décrit la transition écologique comme le passage progressif d’un modèle de production et de consommation à un autre, moins consommateur de ressources et moins émetteur, sans rupture brutale de l’activité économique. Le mot clé est « progressif ». Il distingue la transition de la révolution d’un côté, de l’effondrement de l’autre.
Le terme s’est répandu dans les années 2000, notamment à partir du mouvement britannique des villes en transition, puis a été repris par l’administration française, qui en a fait un intitulé ministériel. Ce parcours compte : un mot né dans des initiatives locales et peu institutionnelles a été adopté par l’institution, et il a changé de contenu en route.
Ce que le mot apporte
Il faut lui reconnaître deux qualités. D’abord il met l’accent sur le chemin plutôt que sur l’état final, ce qui est honnête : personne ne sait décrire précisément la société visée. Ensuite il permet de parler d’un sujet conflictuel sans braquer immédiatement tout le monde, ce qui a une valeur pratique dans une réunion municipale.
Les trois désaccords que le mot permet d’éviter
Mais cette qualité est aussi son défaut : on se met d’accord sur le mot en restant en désaccord sur tout le reste. Trois lignes de fracture me paraissent passer sous le tapis.
La vitesse. « Progressif » n’engage à rien tant qu’aucune échéance n’est fixée. Deux personnes peuvent soutenir la même transition en visant 2030 et 2060, ce qui désigne deux politiques entièrement différentes. Dans les documents que j’ai lus, l’absence de date est la règle plutôt que l’exception.
Le niveau d’activité. Certaines acceptions supposent que l’on continue à produire autant, autrement ; d’autres supposent que l’on produit moins. C’est un désaccord majeur, et le mot « transition » est précisément ce qui permet de ne pas l’aborder. Les partisans de la décroissance et ceux de la croissance verte emploient le même terme.
Qui paie. Une transition suppose des investissements et des pertes. Savoir qui les supporte — les ménages par les prix, les entreprises par les normes, la collectivité par l’impôt — est une question de répartition, donc politique, et elle n’est pas contenue dans la définition.
Un exemple local
Dans la réunion dont je parlais plus haut, il était question de réduire le nombre de places de stationnement d’une rue commerçante au profit d’une piste cyclable et de plantations. Tout le monde se disait favorable à la transition écologique. Les commerçants demandaient un calendrier long et des compensations, les riverains à vélo un calendrier court, la municipalité un phasage. Le désaccord ne portait pas sur l’objectif, il portait sur la vitesse et sur qui supporte le coût du changement — exactement les deux premiers points ci-dessus.
Je suis reparti en me disant que le mot n’avait rien éclairci, mais qu’il avait permis à des gens en désaccord de rester trois heures dans la même salle. Ce n’est peut-être pas négligeable.
Le mot a une histoire, et elle explique le flou
Les villes en transition, au Royaume-Uni, désignaient au départ des initiatives d’habitants : jardins partagés, monnaies locales, ateliers de réparation, projets de production d’énergie à petite échelle. Le mot décrivait une démarche volontaire, menée sans attendre l’État, dans un périmètre où les participants se connaissaient. Il supposait la lenteur et la petite taille.
En passant dans le vocabulaire administratif, il a gardé la connotation rassurante de l’origine — on fait ensemble, progressivement — tout en changeant complètement d’échelle et d’acteur. Ce qui désignait une initiative de quartier désigne maintenant une politique nationale. Je ne crois pas que ce glissement soit un complot ; c’est le sort ordinaire des mots qui réussissent. Mais il laisse une ambiguïté utile à ceux qui s’en servent : la chaleur du premier sens couvre la froideur du second.
C’est aussi pour cela, je crois, que le mot résiste à sa propre critique. On peut lui reprocher d’être vague ; il répondra toujours qu’il décrit un mouvement réel, ce qui est vrai pour au moins une de ses acceptions.
Comment je lis un document qui emploie le mot
J’ai pris l’habitude de chercher quatre choses dans l’ordre : une date, un chiffre, un responsable, un financement. Quand les quatre sont présents, on a affaire à un plan. Quand il en manque deux, on a affaire à une intention. Quand il en manque quatre, on a affaire à un paragraphe d’introduction.
Cette grille est rudimentaire et je ne prétends pas qu’elle épuise la lecture d’un document d’urbanisme. Elle a l’avantage d’être applicable par quelqu’un qui, comme moi, n’a aucune compétence technique en la matière. Je l’applique de la même manière aux documents qui parlent de planification écologique, où le vocabulaire est voisin et les enjeux de calendrier identiques.
Une remarque pour finir, qui vaut aussi pour les autres notes de ce carnet : je ne cherche pas à montrer que le mot est vide. Il désigne quelque chose de réel. Je cherche à repérer les moments où il sert à ne pas trancher, parce que ces moments-là sont ceux où une décision se prend sans discussion. La manière dont je vérifie ce que j’avance est décrite dans Sources et méthode.
Est-ce qu’un mot plus net ferait mieux ? J’en doute : les mots nets font fuir les gens avant la discussion. Je n’ai pas de réponse satisfaisante et je serais curieux de lire ceux qui en ont une.